Un tour d’horizon de la surexposition de la population française au cadmium

par | 19/06/2026

Le cadmium est aujourd’hui au cœur de nombreuses préoccupations de santé publique. Pourtant, il n’est pas toujours facile de se faire une idée précise du sujet tant les informations disponibles sont nombreuses.

J’ai souhaité rassembler ici les principales données issues de sources documentaires fiables afin de proposer un éclairage accessible sur cette problématique. Vous y trouverez également quelques pistes concrètes en matière d’hygiène alimentaire et de micronutrition pour mieux comprendre les facteurs pouvant influencer l’imprégnation au cadmium.

Le cadmium est un métal lourd classé comme cancérogène certain par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) depuis près de vingt ans.

1. Un problème de santé publique majeur

Les données disponibles montrent une augmentation préoccupante de l’imprégnation de la population française.

  • Une exposition en forte hausse : entre les études NNS de 2006 et ESTEBAN de 2016, la contamination moyenne des adultes français est passée de 0,29 à 0,57 µg de cadmium par gramme de créatinine, soit quasiment un doublement. L’exposition chronique est évaluée grâce à une analyse urinaire appelée cadmiurie.

  • Chez les enfants également : les niveaux observés chez les 6-10 ans dépassent désormais ceux mesurés chez les adultes en 2006. Selon les données disponibles, environ 18 % des enfants et 47 % des adultes dépassent le seuil de sécurité de 0,50 µg/g retenu par l’ANSES. En 2023, l’agence indiquait également que 36 % des consommateurs de moins de trois ans présentaient une surexposition supérieure à ce seuil critique.

2. Comment a été déterminé le seuil de sécurité de 0,50 µg/g de créatinine ?

Le seuil de 0,50 µg de cadmium par gramme de créatinine retenu par l’ANSES s’appuie notamment sur les résultats d’une étude publiée en 2011 portant sur le risque d’ostéoporose et de fractures associé à l’imprégnation au cadmium.

 

Pour aller un peu plus loin, cette concentration critique correspond à la dose considérée comme sans effet nocif observé chez l’adulte. Les auteurs de l’étude d’Engström et al. (2011) précisent toutefois que ce choix repose sur un niveau de confiance qualifié de « moyen ».

Cette précision soulève naturellement une question : dans la mesure où ce seuil repose principalement sur une étude ciblée sur les risques osseux et présentant un niveau de confiance intermédiaire, peut-on considérer qu’il reflète pleinement l’ensemble des risques sanitaires potentiellement associés au cadmium ? Cette interrogation mérite d’être prise en considération au regard des connaissances scientifiques actuelles.

3. Les sols français et la question des engrais phosphatés

La quasi-totalité des engrais phosphatés utilisés en France est importée de régions dont les gisements sont naturellement riches en cadmium. Pendant de nombreuses années, des considérations économiques et géopolitiques ont freiné l’adoption de normes plus strictes.

Le 3 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires liés à la contamination alimentaire par le cadmium. Celle-ci prévoit une diminution progressive des teneurs autorisées dans les engrais phosphatés :

  • à compter du 1er janvier 2027 : 40 mg de cadmium/kg ;
  • à compter du 1er janvier 2030 : 20 mg de cadmium/kg.

Cette évolution constitue une avancée, mais elle reste nuancée. Plusieurs pays européens, notamment la Hongrie, la Slovaquie et la Finlande, appliquent déjà une limite de 20 mg/kg.

Selon les estimations relayées par l’ANSES, même en appliquant immédiatement la recommandation d’un seuil de 20 mg de cadmium/kg, il faudrait un siècle pour obtenir une réduction significative de l’imprégnation de la population française. Autrement dit, cette mesure permettrait surtout de limiter l’aggravation du phénomène.

La situation française apparaît d’ailleurs particulièrement préoccupante : les niveaux d’imprégnation observés sont nettement supérieurs à ceux rapportés chez les populations allemande ou américaine, dont les concentrations sont estimées trois à quatre fois plus faibles.

4. Des risques pour la santé aujourd’hui identifiés

Les effets potentiels du cadmium sont multiples et s’expliqueraient notamment par un important stress oxydatif.

The effect of cadmium toxicity Genchi et al 2020

 

Les travaux scientifiques évoquent notamment :

  • des liens avec certains cancers (poumon, rein, pancréas) ainsi que des associations possibles avec les cancers du sein, de la prostate, de l’endomètre, de la vessie et probablement de la thyroïde ;

  • une altération du système immunitaire ;

  • une activité de perturbateur endocrinien à effet œstrogénique ;

  • un risque accru d’ostéoporose et de fractures ;

  • une toxicité rénale pouvant apparaître dès de faibles niveaux d’exposition ;

  • une augmentation du risque cardiovasculaire, y compris à des concentrations parfois inférieures aux seuils réglementaires ;

  • une altération potentielle de la fertilité et du développement fœtal ;

  • un possible rôle dans l’insulinorésistance et le diabète de type 2 ;

  • des phénomènes inflammatoires au niveau hépatique.

 

5. Les principales sources de contamination

Le cadmium est présent dans l’environnement du fait du lessivage des sols, de certaines activités industrielles et de l’utilisation d’engrais phosphatés.

L’exposition se fait principalement par l’air, mais également par l’alimentation, l’eau potable et, plus rarement, par voie cutanée ( maladie Itai Itai ).

Du point de vue alimentaire, les principaux contributeurs sont :

  • le pain et les produits de panification ;
  • les pâtes ;
  • les pommes de terre et leurs dérivés ;
  • les épinards ;
  • les crustacés, les mollusques, les algues
  • Les abats
  • certaines céréales du petit-déjeuner chez les enfants.

Le tabac constitue également un facteur majeur de surexposition.

6. Quelques leviers de prévention

Sans pouvoir supprimer totalement l’exposition au cadmium, certaines mesures peuvent contribuer à la limiter.

Sur le plan alimentaire

Privilégier, lorsque cela est possible, des produits issus de l’agriculture biologique, qui présentent en moyenne des teneurs plus faibles en cadmium du fait de l’absence d’usage d’engrais phosphatés de synthèse. Il peut également être pertinent de modérer la consommation de certaines céréales non biologiques et des pommes de terre.

Sur le plan micronutritionnel

Le statut nutritionnel joue un rôle important dans l’absorption du cadmium :

  • Le fer : une carence peut multiplier jusqu’à quatre fois l’absorption digestive du cadmium.
  • Le zinc : il participe à la synthèse des métallothionéines, protéines capables de fixer le cadmium et de limiter sa toxicité.

D’autres nutriments, notamment le cuivre et la vitamine B6, méritent également une attention particulière dans le maintien d’un bon équilibre nutritionnel.

Cadmium : Comprendre son exposition pour mieux agir

La surexposition au cadmium constitue aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique. Même s’il est impossible d’éviter totalement ce contaminant présent dans notre environnement, il existe des leviers concrets permettant de limiter son exposition et de soutenir les mécanismes naturels de protection de l’organisme.

L’alimentation, l’équilibre micronutritionnel et l’identification d’éventuelles carences, sont des éléments essentiels à prendre en compte dans une démarche globale de prévention.

En tant que praticienne en herboristerie et conseil en naturopathie, je vous accompagne dans l’évaluation de vos habitudes de vie afin d’identifier les facteurs susceptibles de favoriser une exposition accrue aux métaux lourds et de mettre en place des solutions personnalisées adaptées à votre situation.

Si vous souhaitez bénéficier d’un accompagnement individualisé, je vous accueille au cabinet à Castelnau-le-Lez à deux pas de Montpellier, ou en consultation à distance.

Prendre rendez-vous permet de faire le point sur votre terrain, votre équilibre nutritionnel et vos besoins spécifiques afin de construire ensemble une stratégie de prévention durable et adaptée à votre quotidien.

Sources documentaires :

  • Fillol C., Garnier R., Falq G., Bidondo M.-L., Guldner L., Zeghnoun A. Exposition de la population française aux substances chimiques de l’environnement – Étude ENNS 2006–2007
  • Guldner L., et al. Exposition de la population française aux métaux et métalloïdes en 2014-2016 PMID : 38579993
  • Conférence Nationale des URPS Médecins Libéraux : https://youtu.be/VmpFx9f6wp0?si=LcIXFFblQFFtjDLE
  • EAT 2 2011 : https://www.anses.fr/system/files/PASER2006sa0361Ra1.pdf
  • rapport-assemblée-nationale
  • Les effets de la toxicité du cadmium, mai 2020 Genchi et Al  
  • RAPPORT d’expertise collective ANSES 2017
  • Assemblee-nationale-avril-2026-Réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation
  • Ministère agriculture mai 2026 effets-previsibles-dun-abaissement-de-la-teneur-en-cadmium-des-engrais-phosphates-et-des-boues
  • Peana M, Pelucelli A, Chasapis CT, Perlepes SP, Bekiari V, Medici S, Zoroddu MA. Biological Effects of Human Exposure to Environmental Cadmium. Biomolecules. 2022 Dec 24;13(1):36. doi: 10.3390/biom13010036. PMID: 36671421; PMCID: PMC9855641.
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